2020

12 août lignes directrices européennes: COVID-19 et les personnes atteintes du VIH


Les lignes directrices européennes pour le traitement du VIH commentent la situation actuelle concernant le COVID-19 et les personnes atteintes du VIH.

EACS Society COVID and HIV 2020

En résumé, il convient de noter les points suivants:

  • Dans l'ensemble, il n'y a pas de preuve évidente d'une augmentation du taux d'infection par COVID-19 ou de complications plus fréquentes chez les personnes séropositives du VIH.
  • Les comorbidités qui peuvent entraîner une évolution plus grave (par exemple les maladies cardiovasculaires, le diabète sucré ou les maladies pulmonaires chroniques) sont courantes chez les personnes atteintes du VIH et doivent être traitées de manière optimale.
  • Une infection par le VIH non traitée et un taux de cellules CD4 <200/ul sont considérés comme un facteur de risque, bien qu'il n'y ait pas de preuve claire de cela jusqu'à présent.
  • La thérapie antirétrovirale ne devrait pas être modifiée en raison de COVID-19; les données actuellement très peu claires sur l'effet potentiel des médicaments contre COVID-19 ne justifient en aucun cas un changement de thérapie antirétrovirale.
  • Les directives nationales pour la prévention et le traitement de COVID-19 doivent être suivies.
  • Des liens utiles sur COVID-19 chez les personnes séropositives du VIH se trouvent à la fin du document (y compris des informations sur les interactions entre les médicaments COVID-19 et les substances antirétrovirales).
1er juillet Hampel et al., Le phénomène du chemsex dans l’Etude suisse de cohorte VIH de 2007 à 2017


Le phénomène du chemsex dans l’Etude suisse de cohorte VIH de 2007 à 2017.    HIV Medicine

Chemsex drugs on the rise – voici le titre d’une publication de l’Etude suisse de cohorte VIH (SHCS) récemment parue. Le terme chemsex désigne un phénomène croissant à l’échelle mondiale qui décrit les rapports sexuels sous l’influence planifiée de substances psychoactives, pratiqués le plus souvent par les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Les substances le plus souvent utilisées sont GHB/GBL, méphédrone, kétamine, méthamphétamine, poppers, cocaïne et amphétamine. Cette étude a analysé au sein de la SHCS comment et où a lieu le chemsex et qui en est le plus touché.

Pour leur analyse, les auteurs se sont basés sur les données SHCS sur l’utilisation de substances. Les participantes et participants à la SHCS sont questionnés tous les six mois à ce sujet. En plus des substances GHB/GBL, méphédrone, kétamine, méthamphétamine, cocaïne, XTC/MDMA et poppers, les auteurs ont analysé d’autres substances comme cannabis, héroïne, benzodiazépine, opioïdes, LSD et autres psychotropes ou stéroïdes anabolisants. En plus, ils ont analysé s’il existe une relation entre le chemsex et des pathologies comme dépression ou des maladies sexuellement transmissibles. L’étude couvre les années de 2007 à 2017.

Au total, les données de plus de douze mille participants à la SHCS ont été analysées. Une petite moitié concernait des HSH, les autres participants étaient des hommes et femmes hétérosexuels. La plupart des HSH habitaient dans la région de Zurich. Le pourcentage des hommes et femmes qui mentionnent avoir consommé au moins une fois de la drogue dans la période analysée reste stable à 10%. En analysant les HSH séparément, le résultat est différent: l’augmentation de chemsex est statistiquement significative avec un taux de 9% en 2007 et de 14% en 2017. Deux augmentations sont spécialement impressionnantes: douze fois plus d’utilisation de méthamphétamine et trois fois plus de consommation de GBH/GBL. Chez les patients non-HSH, la diminution de la consommation de drogue était significative.

Dans un second temps, les auteurs se sont intéressés aux différentes villes en Suisse. Dans les villes de Genève, Lausanne, Berne, Bâle, Saint-Gall et Lugano, l’augmentation de chemsex était minimale. Par contre à Zurich, l’augmentation était considérable de 2007 à 2017 avec une forte augmentation de 2015 à 2017.

Pour terminer, les auteurs se sont posé la question si la consommation de chemsex pouvait être associée à des conséquences négatives. Ils ont pu constater que les personnes qui ont indiqué qu’elles pratiquaient le chemsex souffraient plus fréquemment de dépressions et avaient plus souvent des rapports sexuels non protégés avec des partenaires occasionnels. Ce groupe de patients contracte plus souvent une infection hépatite C et d’autres maladies sexuellement transmissibles.

En résumé, cette étude montre de manière impressionnante que le phénomène du chemsex chez les HSH est arrivé à Zurich et qu’il ira probablement en augmentant pendant les prochaines années. Une conséquence est que les hommes qui consomment du chemsex ont un comportement sexuel avec plus de situations à risques et contractent plus souvent une infection hépatite C et d’autres maladies sexuellement transmissibles. Il est important que les personnes qui consomment du chemsex soient examinées tous les trois à six mois pour savoir s’ils ont contracté une maladie sexuellement transmissible. Cette étude montre aussi une relation entre chemsex et dépression. Reste la question si la consommation de chemsex est la raison de l’augmentation des dépressions ou si les hommes consomment du chemsex à cause d’une dépression existante. Ces relations doivent être analysées de manière plus approfondie afin de pouvoir diminuer le nombre d’infections sexuellement transmissibles chez les personnes infectées du VIH. Finalement, ce genre d’études génère des connaissances importantes pour développer des programmes qui luttent contre la consommation de substances opiacés.

pdf publication

17 mars COVID-19 et HIV

Le SHCS reçoit de plus en plus de demandes de personnes infectées par le virus IH concernant COVID-19.

Pour le moment, il n’y a pas d’évidence que les personnes infectées par le virus IH auraient un risque plus élevé d’être atteintes de manière plus forte par SARS-CoV-2 que d’autres personnes. Les facteurs de risque sont donc les mêmes que pour la population générale.

Les facteurs de risque principaux de tomber gravement malade sont,

  • âge avancé (> 65 ans)

  • comorbidités, par exemple maladies cardio-vasculaires, diabète, maladies chroniques des voies respiratoires (p.ex. COPD), maladies rénales, hypertension artérielle

  • immunosupression/cancer (p.ex. chimiothérapie, médicaments immunosuppressifs, médicaments immunomodulateur etc.)

Il est important que les personnes infectées par le virus IH se fassent vacciner contre la grippe chaque année et soient vaccinées contre les pneumocoques.

Nous prions les personnes infectées par le virus IH avec les facteurs à risque susmentionnés, les personnes séropositives qui ne sont pas sous traitement anti-VIH ou les personnes qui se sentent insécurisées de consulter leur médecin traitant.

Nous observons attentivement l’évolution de la situation et communiquerons des changements.

Il est très important que vous suiviez les instructions de l’Office fédéral de la santé publique, en particulier l’hygiène des mains et de rester à distance.

11 février Vannappagari et al., Taux de malformations chez les nouveau-nés lors de traitement avec dolutegravir pendant la grossesse


Taux de malformations chez les nouveau-nés lors de traitement avec dolutegravir pendant la grossesse.    Pregnancy and neonatal outcomes following prenatal exposure to dolutegravir.

Dolutegravir fait partie des substances anti-VIH les plus fréquemment prescrites à l’échelle mondiale. Une étude antérieure faite au Botswana/Afrique a laissé supposer que les femmes qui étaient sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception étaient exposées à un plus grand risque d’avoir des enfants avec des malformations de la moelle épinière. L’étude actuelle a analysé s’il existait un lien de causalité entre dolutegravir et les malformations pendant la grossesse chez un plus grand nombre de patientes. Cette étude n’a pas pu montrer de lien de causalité entre dolutegravir et un risque supérieur de malformations chez les nouveau-nés. Vous lirez ci-dessous cependant pourquoi certaines incertitudes persistent malgré cette nouvelle étude.

Les données des femmes enceintes infectées par le virus IH sont rassemblées dans des registres mondiaux, si elles y ont donné leur accord. On y saisit entre autres les médicaments anti-VIH prescrits pendant la grossesse et les malformations des nouveau-nés. Pour l’étude actuelle, les chercheurs ont analysé les données de deux registres mondiaux pour essayer de répondre à la question si la prise de dolutegravir pendant la grossesse représente un risque de malformations plus élevé chez les nouveau-nés.

Dans le premier registre, 265 grossesses sous dolutegravir ont été analysées. 173 femmes enceintes étaient sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception ou pendant le premier trimestre de la grossesse, 92 femmes dans le deuxième ou troisième trimestre. De ces 265 grossesses sont nés 255 enfants (dont 9 jumeaux). 6 grossesses se sont terminées par un avortement, 11 par une fausse couche et 2 enfants sont mort-nés. 7 des 255 nouveau-nés étaient atteints de malformations (2.7%). Les mamans de 5 enfants avec malformations (3.1%) étaient sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception ou pendant le premier trimestre de la grossesse.

Dans le deuxième registre, les données de 84 grossesses sur 100 grossesses annoncées ont pu être analysées. Il s’agit de 81 naissances vivantes, 1 enfant mort-né, 1 avortement et 1 fausse couche. 42 mamans des 81 nouveau-nés étaient sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception ou pendant le premier trimestre de la grossesse, 21 mamans au deuxième trimestre et 17 au troisième trimestre. Pour une naissance, le moment du traitement n’était pas clairement défini. 4 (4.9%) nouveau-nés étaient atteints de malformations. 3 de ces cas étaient des 42 femmes (7.1%) sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception ou pendant le premier trimestre de la grossesse.

En résumé, en étudiant les données de 198 nouveau-nés de mamans qui étaient sous traitement avec dolutegravir au moment de la conception ou pendant le premier trimestre de la grossesse, cette étude n’a pas pu constater un nombre de malformations plus élevé. La malformation la plus fréquente concernait la polydactylie (présence d’un ou plusieurs doigts/orteils supplémentaires). Elle compte parmi les malformations les plus courantes de toutes grossesses. Aucune malformation des nouveau-nés concernait la moelle épinière. Ces données sont rassurantes en ce qui concerne la prescription future de dolutegravir pendant la grossesse. Toutefois, le nombre de grossesses analysé dans ces deux registres était trop petit pour permettre de tirer des conclusions définitives sur un lien entre dolutegravir et des malformations chez les nouveau-nés. D’autres études seront nécessaires pour trouver une réponse définitive.

pdf publication

15 janvier Santos et al., Déficits neurocognitifs chez les patients de la SHCS


Pénétration des substances antirétrovirales dans le système nerveux central et déficits neurocognitifs chez les patients de la SHCS

Les déficits neurocognitifs (troubles de la mémoire, déficit d’attention, problème de prise de décision) sont fréquents chez les personnes infectées par le VIH. Selon des études 25 à 70% des séropositifs en sont touchés. Un facteur qui favorise l’apparition de déficits neurocognitifs est une multiplication incontrôlée du virus IH dans le système nerveux central malgré la prise d’une thérapie antirétrovirale. Des substances antirétrovirales qui pénètrent facilement dans le système nerveux central pourraient diminuer l’apparition de déficits neurocognitifs. La mesure qui permet d’évaluer la pénétration des substances antirétrovirales dans le système nerveux central s’appelle central nervous system penetration effectiveness (CPE). Plus le score CPE est élevé, plus les substances pénètrent bien dans le système nerveux central. Les auteurs de cette étude ont analysé si les patients sous thérapie antirétrovirale avec un score CPE élevé sont moins souvent atteints de déficits neurocognitifs. Les résultats de l’étude sont étonnants: Il n’y avait pas de corrélation entre le score CPE et l’apparition de déficits neurocognitifs.

981 patients de la Metabolic and Aging Cohort (M&A) de l’Etude suisse de cohorte VIH (SHCS) ont participé à cette étude. Les patients ont été recrutés entre mai 2013 et novembre 2016. Tous avaient plus de 45 ans. Seul des patients sous traitement anti-VIH efficace et avec une charge virale réprimée ont été inclus. Des groupes de psychologues ont évalué de manière détaillée les déficits neurocognitifs de chaque patient. Puis, le score CPE a été déterminé au moment de l’évaluation neurocognitive. En outre, les auteurs ont calculé le score CPE cumulatif du premier traitement antirétroviral du patient jusqu’à la fin de l’étude.

La plupart des participants à l’étude (80%) étaient des hommes d’origine européenne avec un âge moyen de 53 ans. 40% des patients souffraient de déficits neurocognitifs: dans 25% des cas, il s’agissait de déficits neurocognitifs asymptomatiques sans influence sur la vie quotidienne. Chez 0.8% des patients, il existait des contraintes faibles et chez 0.6% une démence importante. Chez 13% des patients, les déficits neurocognitifs étaient dus à d’autres facteurs que le VIH: des infections opportunistes du système nerveux central, toxicité des médicaments anti-VIH, maladies psychiatriques, consommation de substances nocives, maladies neurodégénératives et attaque cérébrale. Les déficits neurocognitifs n’étaient cependant ni liés au score CPE au moment de l’évaluation neurocognitive, ni au score CPE cumulatif.

En résumé, cette étude montre que 40% des patients de plus de 45 ans sous traitement anti-VIH efficace souffrent de déficits neurocognitifs. Dans la plupart des cas, ces déficits sont si subtils – ils ne peuvent être déterminés qu’avec des tests neuropsychologiques approfondis – qu’ils ne représentent pas d’handicap dans la vie quotidienne. Dans cette étude, ni les déficits neurocognitifs liés au VIH, ni ceux pas liés au VIH avaient un rapport avec le score CPE. Dans le cadre de l’étude M&A, les patients seront testés à nouveau dans deux et quatre ans. Le but sera d’analyser l’effet de la thérapie antirétrovirale et du score CPE sur l’apparition, la persistance et la diminution des déficits neurocognitifs dans le temps.

pdf publication